Au lendemain des élections régionales pour lesquelles seul un électeur sur deux s’est déplacé aux urnes, linkfluence a réalisé une analyse qualitative des causes de l’abstention. Pour ce faire, nous avons analysé les témoignages directs et indirects de comportements abstentionnistes publiés entre le 1er janvier et le 31 mars 2010. En procédant de la sorte, nous avons pu recueillir et analyser des récits concrets et individuels plus que des analyses de second niveau ou conjectures. Comme à l’accoutumée, notre terrain de recueil et d’analyse est le live panel de leaders d’opinion du web social français.
Désenchantement politique
Premier constat, une grande partie de l’abstention semble pouvoir être attribuée à un désenchantement global des électeurs vis-à-vis de l’offre politique actuelle. Il est intéressant de relever que si ce phénomène de rejet n’est pas nouveau et concerne un socle incompressible de citoyens et électeurs en situation de rupture politique, il semblerait qu’il ait conquis de nouveaux électeurs qui, pour la première fois, se sont repliés dans l’abstention. Il est probable que la crise économique et sociale que traverse actuellement la France ait alimenté ce mouvement. Une forme de désillusion semble s’être installée chez des électeurs qui croyaient à l’emprise du politique sur les choses et qui semblent maintenant enclins à croire que le pouvoir politique rencontre ses limites, là où le pouvoir économique commence. C’est en tout cas une hypothèse que conforte le climat de mécontentement social actuel révélé par notre baromètre hebdomadaire des tendances politiques (dont le dernier numéro est disponible ci-dessous à titre exceptionnel). Pour autant, contrairement aux électeurs en rupture politique profonde, ces nouveaux abstentionnistes de 2010 ne demandent qu’à ce qu’on leur redonne goût à la démocratie et foi en la politique pour qu’ils reprennent le chemin des urnes. En d’autres termes, ces nouveaux abstentionnistes pourront fort bien participer de nouveau au vote en 2012.
Un centre en déshérence
Ce désenchantement trouve également de l’écho, sous d’autres formes, chez des électeurs de droite lassés par certains traits de la politique menée par l’UMP (ouverture, discrimination positive, style bling bling, etc.) et qui ont peut-être déserté les urnes à l’occasion des régionales. A gauche, le désenchantement reste vivace parmi un électorat de gauche extrême qui voit dans le système politique actuel un trop grand déficit démocratique, ce qui pourrait expliquer en partie les résultats relativement faibles des listes du NPA. Mais le phénomène marquant de ces régionales, eu égard à l’abstention partisane, n’est ni à droite ni à gauche, il est au centre. Les électeurs du centre-droit pourraient en effet avoir rejoint les rangs abstentionnistes en raison d’une absence d’offre politique adéquate à leur endroit. Si les témoignages recueillis rejettent rapidement et de manière naturelle les solutions proposées par la gauche, ils affichent une déception franche vis-à-vis d’une UMP avec laquelle ils ne se reconnaissent que peu d’affinités. L’abstention centriste aux régionales met ainsi en lumière l’incapacité de l’UMP, dans sa configuration et sa posture actuelle, à rassembler sous un chapiteau unique l’ensemble des électeurs de droite, des conservateurs aux centristes en passant par les libéraux.
Observatoire des tendances politiques – Baromètre hebdomadaire du 17 mars 2010 (bis)





